Track II
Daniela Contreras, Valentin Jadot
Tisse des transcriptions CIA déclassifiées et ouvre un dialogue avec une IA qui incarne Kissinger — mémoire contre l’oubli, à Seattle.

Fiche technique
Brief
Elle tisse des transcriptions fortement censurées de la CIA et enchaîne une conversation publique avec une intelligence artificielle qui incarne Henry Kissinger : archive, corps et salle comme un seul dispositif de mémoire.
Ancrer le parcours avec une pièce in situ où le geste textile, l’archive déclassifiée et un logiciel dédié font de la censure une matière visible — et une question partagée.
Dans le cadre de Interweaving the Archive (SOIL Gallery, Seattle), la commande visait une œuvre articulant recherche historique, critique politique et pratique textile contemporaine : revisiter des documents des années 1970 où Kissinger a joué un rôle central dans la préparation du coup d’État, et ouvrir un pont entre artisanat andin, archive et technologie pour que le public habite des récits occultés et repense la fabrication de la mémoire.
Intuitions
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Malgré des milliers de documents déclassifiés, le récit public reste fragmenté : le rôle des États-Unis et de Kissinger est encore peu travaillé dans la sphère commune — une Histoire encore en déficit.
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Il existe un parallèle structurel entre déchiqueter et tisser à la main les documents et les fragmenter, les indexer et les recomposer par IA : deux manières d’opérer sur des restes pour produire du sens et disputer qui écrit l’Histoire.
Processus
Après la lecture de Pinochet Desclasificado de Peter Kornbluh, la première étape a été d’écrire du code pour télécharger tous les documents déclassifiés sur le Chili depuis le National Security Archive. Un script qui parcourt le site, repère chaque PDF et le télécharge systématiquement.


Une fois les documents réunis commence le double processus.
Daniela Contreras déchiquette les dossiers déclassifiés et les reconstruit en tapisserie comme une voix perdue, inscrivant une phrase du dernier discours radio de Salvador Allende, quelques minutes avant sa mort dans le bombardement du palais de La Moneda, le 11 septembre 1973 : « le progrès social ne s’arrête ni par le crime ni par la force ».

Valentin Jadot fragmente ces mêmes documents en « chunks » stockés dans une base « vectorielle », plaçant chaque morceau dans un espace abstrait à 1056 dimensions, ordonné sémantiquement, puis entraîne une intelligence artificielle qui, via une application dédiée, fait parler Henry Kissinger du meurtre d’une démocratie.
track-two.app : les visiteurs dialoguent avec une IA qui incarne Henry Kissinger, ouvrant une conversation impossible entre sa voix, les documents déclassifiés et une blessure encore ouverte.
Impression : les échanges s’impriment sur un rouleau de papier thermique. Un algorithme rature le contenu. Après plusieurs heures, sur le rouleau, émerge une phrase de Kissinger en 1970 : « Je ne vois pas pourquoi nous resterions les bras croisés en regardant un pays basculer dans le communisme par l’irresponsabilité de son peuple. »

Résultat

La pièce a été présentée à la SOIL Gallery dans Interweaving the Archive, avec le soutien du FONDART (Chile). Les commissaires ont présenté le projet à l’édition internationale d’histoire publique du congrès NCPH (mars 2025, Montréal), prolongeant le débat sur l’art interdisciplinaire, les gestes, l’histoire politique et la mémoire collective.





